Et rebondir

« J’en ai marre de vivre »

Les mains agrippées au rebord de l’évier, pour les empêcher de taper du poing dans les murs jusqu’à me faire mal, je laisse cette pensée s’imprimer en moi, je la dis à voix haute à travers mes lèvres déformées par les sanglots, et je la dis encore, je la répète plusieurs fois et je me laisse tomber sur le carrelage de la cuisine, je n’en finis plus de pleurer tandis que cette vérité m’assomme et me libère à la fois.

L’idée de la mort n’est jamais loin dans ma tête, il suffit de lire tous mes textes pour s’en rendre compte, mais elle n’a jamais été aussi concrète que ce lundi, elle s’est matérialisée sans vraiment crier gare, alors que cela fait plus d’un mois que je lutte au quotidien contre de sombres errances nées d’un ensemble d’échecs et de désenchantements. Jusqu’à présent, j’arrivais à suffisamment distraire mon cerveau pour le détourner pendant plusieurs heures de ses lamentations sur la vacuité de son existence. Dès qu’il faisait mine d’y retourner, je lui hurlais qu’il y avait le roman, mon roman, en cours de bêta-lecture et de relecture professionnelle, le rêve de ma vie, putain, c’est pas rien quand même, comment peux-tu dire que tu n’as rien ? Et puis, je ne sais pas, samedi nous avons perdu la finale nationale, et j’ai complètement perdu les rênes de ce satané cerveau et de son affreuse tendance à ne voir que le pire dans ce qui l’entoure, c’était un échec de plus, un échec de trop, il m’a mise en apnée, ça m’a pris tout ce que j’avais pour pas m’éparpiller sur le terrain devant tout le monde, dès qu’on me demandait comment ça allait je sentais mon visage se tordre et les larmes monter, et j’avais honte mais je ne pouvais plus le retenir, j’ai perdu les rênes, mes pensées, mon corps, plus rien ne répondait.

J’ai bu la tasse pendant un mois, et la seule personne à qui j’aurais vraiment aimé me confier était aux abonnés absents, elle s’est défilée. Elle qui parle tant, j’aurais aimé qu’elle m’écoute, que pour une fois je sois le centre de la conversation, j’avais besoin de cette attention, de me sentir exister chez mon amie. Mais je n’ai pas pu parler sans qu’elle rapporte tout à elle, et alors je n’ai pas eu la force de me battre pour expliquer tout ce qui n’allait pas chez moi, je l’ai laissée filer. Bien sûr j’ai mes torts, je l’ai même aidée à foutre le camp, mon cerveau commençait déjà à mordre tout le monde de dépit et j’avais du mal à le raisonner, beaucoup de mal – c’est pour ça que j’aurais voulu qu’elle soit là.

 

J’ai essayé de tendre des perches, comme au temps de mon skyblog, avec des paroles sombres qui reflétaient mon mal-être, mais j’aurais dû me souvenir que c’était peine perdue et que ça ne marchait jamais, ce genre de demi-mots ça n’intéresse personne sur les réseaux sociaux, alors je me suis sentie ridicule et j’ai effacé tous les messages, ou j’ai reformulé, et comme personne ne m’a rattrapée j’ai continué de sombrer.

Je ne suis pas suicidaire, si cela peut rassurer quiconque s’essaierait à lire cet article. Je sais  que ça peut paraître contradictoire, quelqu’un qui en a marre de vivre mais qui n’a pas non plus envie de passer à l’acte – comme si je pouvais faire ça à ma famille et mes amis (ceux qu’il reste). En vérité, j’en ai surtout marre de vivre dans un quotidien où la douleur d’exister est devenu ma norme, de lutter et de me débattre pour trouver un semblant de sens et d’apaisement. Mais je sais que ce n’est pas un état permanent. Que quelque part, il y a un dénouement à tout cela, qui pour l’instant m’échappe, parce que la main glacée de la souffrance vient étreindre mon cerveau and I cannot think straight anymore. Il me reste juste encore ça de lucidité pour me persuader que mon cerveau va finir par rebondir et se sortir des miasmes dans lequel il est plongé depuis le 1er mai.

Pourquoi écrire tout cela ici, aujourd’hui ? Pourquoi s’épancher après tout ce temps ? Quelle en est l’utilité ? Pour vous, peut-être aucune. Mais moi, ça peut m’aider. Quelque part en route j’ai oublié qu’écrire me permettait de garder ma salubrité d’esprit. Je ne voulais plus le faire parce que, depuis le mois de mars, le blogue était associé à mon échec amoureux, et c’était trop dur d’y passer du temps, de lui consacrer de l’énergie, quand une grande part de moi-même était déjà trop occupée à lutter contre l’écroulement de bon nombre de projets et de perspectives d’avenir. Peine perdue, car tout a fini par s’écrouler le 1er mai, et alors il n’y a plus eu d’énergie à rien, à peine pour le roman, qui a été le fil directeur pour me traîner vers la lumière et que je ne glisse pas trop.

Je crois que je remonte – il le faut bien. J’ai repris les rênes. Le cerveau fait encore un peu ce qu’il veut, mais au moins depuis deux jours il a arrêté de pousser l’eau en dehors de mes yeux, et de cela je lui en sais gré. Il me reste un long chemin à parcourir, mon chemin, ma route de vie, remonter la côte de la crevasse, le dénivelé est effrayant mais je n’ai pas d’autre option que de mettre un pied devant l’autre, et puis recommencer. J’ai plein de choses à raconter. Des belles et des moins belles. Je pensais revenir ici fraîche et pimpante, mais j’avais aussi dit que je ne me briderai plus, alors voilà qui je suis, brute de mots, la tête en vrac, sans fioritures.

Et si mon gouffre est trop grand et que vous craignez de vous faire aspirer, partez, ce n’est pas grave.

Et s’il ne vous fait pas peur et que vous voulez m’aidez à ne pas tomber dedans, alors bienvenue.

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27 commentaires

  1. « Je ne suis pas suicidaire mais je pense à la mort » il n’y a rien de contradictoire là dedans, vous voyez la mort comme une libération ou un soulagement, un voyage facile pour vous éloigner de ce qui vous opresse. Ce n’est pas incompatible avec aimer la vie.
    Si je peux donner mon avis.

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    1. Je suis bien d’accord, mais tout le monde ne voit pas les choses de la même manière. Quand je parle comme ça, certaines personnes s’inquiètent pour moi et ça leur fait du mal de lire que je pense autant à la mort. J’ai beau leur expliquer que ce n’est pas grave, que c’est comme ça, elles ont l’impression d’échouer à me « sauver »…
      Mais je suis contente de lire qu’il existe des personnes pour partager ce sentiment, ou du moins le comprendre.
      Merci de ton passage par ici 🙂 (on se tutoie non ?)

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  2. Les souffrances ça se partage aussi. On est nombreux à vivre une histoire qui n’en finit pas de faire mal. Pouvoir écrire les douleurs, savoir les écrire c’est déjà une chance… petite certes mais il faut croire que l’éclaircie viendra.

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    1. Je le sais bien, et parfois j’ai honte de m’autocentrer sur ma souffrance à ce point, alors que je sais très bien que d’autres vivent ou ont vécu des choses pires que moi.
      Je vois l’éclaircie arriver, doucement.
      Merci pour ces paroles qu aident à l’amener.

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  3. On a tous un moment dans la vie plus noir que les autres. Tu as trouvé la bonne solution, il faut écrire. Il faut écrire tout ce que tu ressens, comme ça vient.. J’ai lu, je reviendrai.

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  4. et tu es venue me dire que tu avais vu que les papillons étaient multiples et différents…….et tu as bien fait puisque, comme par ‘hasard’, c’est à tes vidéos que je pensais quand j’étais dans cette prairie à courir derrière les papillons, les insectes, les fleurs………à courir vers la Vie
    je ne savais pas que tu traversais ce grand trou noir et pourtant c’est à toi que je pensais…la vie est ainsi faite qu’on ne sait d’où vient l’Energie qu’elle nous envoie………
    bizarrement ce matin, je viens également de répondre à carrie, qui elle aussi en a marre de tout……(https://frenchie4myself.com/2017/06/16/les-etats-desprit-du-vendredi-16-juin/)
    je suis moins présente sur la toile car je suis très occupée mais il y a des jours comme ça où il y a une sorte d’appel à la solidarité……entre femmes
    continuer à écrire, cléa, à s’exprimer en mots, en vidéos, même on a l’impression que ça ne sert à rien, c’est déjà aller mieux, non?
    gros bisous

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    1. Malyloup je suis très touchée de lire que tu as eu une pensée pour moi lors de ta balade aux papillons (et surtout à mes vidéos qui ont été si éphémères !). Je ne pensais pas avoir tissé quelque chose qui puisse nous relier, comme ça, même furtivement. Ça m’encourage grandement à continuer sur cette voie.
      Je vais aller voir le message de Carrie, merci 🙂

      Comme je le dis dans un autre commentaire, poser des mots sur les émotions permet de les libérer, il faut que je m’en souvienne.
      Tu es moins présente mais j’apprécie toujours autant les articles que tu publies, surtout les vidéos en direct des nids d’oiseaux, je ne sais pas où tu les déniches toutes mais souvent elles m’accompagnent toute la journée, sur mon 2e écran 🙂
      Merci beaucoup de ton soutien et à bientôt !

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      1. eh oui, cléa, on tisse des liens sans s’en apercevoir et il est bon d’en faire part quand c’est nécessaire 😉
        pour tes vidéos, c’est exactement ce que je me suis dis: « pourquoi s’est-elle arrêtée? ou bien j’ai dû en louper…… » bon à présent, je sais que tu n’avais plus la tête à ça….
        il est certain que je suis moins présente car beaucoup d’occupations qui vont me conduire de plus en plus souvent dans le sud, à 650 km de chez moi, pour retrouver mes petits-fils 🙂
        courage, cléa, la vie est encore plus belle une fois que l’on a dépassé les périodes noires (on ne peut y croire qd on est en plein dedans mais il est bon de l’avoir ‘entendu’ pour pouvoir tenir le coup pendant la ‘cicatrisation’….)
        gros bisous

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        1. Merci pour le lien ! J’ai passé un petit moment avec eux, ils sont rigolos dans leurs comportements.

          Pour les vidéos, je n’ai tout simplement plus eu le temps car beaucoup de travail en début d’année, mais c’est à regret parce que je m’étais fait bien plaisir à les écrire/tourner/monter. Je reprendrai je pense, quand les choses se seront tassées un peu. Pour le moment les soumissions de mon roman aux maisons d’édition vont me prendre bien du temps.

          Profite bien de ta famille et des liens qui t’unissent à tes petits enfants. J’imagine que ça doit être sans pareille !
          Et oui comme tu le dis ça fait du bien à entendre, ça aide à tirer vers le haut 🙂
          Merci encore et bisous

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  5. Encore une foi ce que tu dis résonne fort en moi. Heureusement aujourd’hui, je sais que ces tempêtes ne durent qu’un temps, alors j’ai appris à les regarder passer. N’oublie jamais que derrière il y a ta force de vie, celle qui te fait créer, écrire, chevaucher à travers les furies. Tu es le maitre à bord de ton vaisseau, même s’il devient parfois radeau brinquebalant au coeur d’un maelstrom, le temps est un ami qui oeuvre pour remettre les choses à leur juste place. Aujourd’hui, c’est du hard que tu écris, mais c’est aussi de la vie. Demain, tu reviendras pimpante. Mais dans les deux cas, on t’accompagne.

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    1. J’ai compris au fil des tempêtes qu’effectivement elles ne duraient pas, et c’est bien ce qui me fait tenir, l’espoir que tout s’apaise. J’arrive à raisonner mon cerveau de cette façon (même si là ça faisait très longtemps que la tempête ne s’était pas autant éternisée dans le temps). Beaucoup trop d’incertitudes sur l’avenir pour moi qui aime tant avoir le contrôle et savoir où je vais : ne pas pouvoir savoir où je serai dans 2 mois ne m’aide pas à garder pied.
      En tout cas merci beaucoup de ta compréhension et de ton message de soutien, ça compte beaucoup.

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  6. Pas facile de se confier quand en nous tout se précipite et que la nuit se fait, agressive, chaotique. Il faut se laisser du temps pour revenir. Prends ton temps Cléa. Tu as plein de belles choses à vivre. Je t’envoie pensées et lumière pour éclairer les jours de doute.
    Écrire libère, j’en reste persuadée.

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  7. Coucou, Ton texte j’aurais pu l’écrire 20 fois sur les 4 derniers mois.
    Comme toi je n’avais pas d’envie suicidaire.
    Peut-être un envie d’exister, qu’une oreille bienveillante soit là.
    J’ai remonté la pente, pas toute mais suffisamment pour comprendre et aider.
    Si tu veux de ma main tendue, elle est là!

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    1. Merci. C’est très paradoxal cette solitude dans laquelle on tombe, alors que des milliers (millions?) de personnes sont exactement dans le même état… La blogosphère est un tremplin agréable pour se laisser guider vers le haut. Merci pour ton message !

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