J’ai choisi

Il y avait le cœur, qui voulait tout lâcher et partir vivre sur les routes de France, dans un van aménagé, selon une idée qui me trotte dans la tête depuis de longs mois maintenant.

Et puis il y avait la raison, qui m’invitait à choisir un lieu de vie fixe, entre quatre murs, pour continuer en toute sérénité certaines activités de ma vie sédentaire, et surtout pour pratiquer mon faux travail dans de bonnes conditions.

Pendant plusieurs semaines, j’ai étudié les deux options, j’ai écumé tant les annonces de vans/camions chez les garagistes et les particuliers que les annonces de colocation/chambres chez l’habitant.

Dans les deux cas, mes revenus étant particulièrement limités, le choix l’était aussi, et je désespérais d’arriver à trouver une solution satisfaisante. Je savais que je n’étais pas dans une situation dans laquelle je pouvais être exigeante, vu le budget mensuel que je pourrai consacrer à mon logement, que ce soit le prix d’un loyer et de ses charges ou le remboursement d’un emprunt à un ami généreux. J’ai laissé passer beaucoup d’annonces, le temps de mieux me faire une idée de ce que je voulais. Tout me paraissait tellement onéreux, de toute façon. À en donner des crampes d’estomac. Ce vertige de l’argent, toujours.

Puis j’ai fini par me résoudre à aller voir des choses qui dépassaient un peu mes critères : des vans un peu plus chers, des maisons très éloignées de Bordeaux (la vie en appartement de centre-ville aurait vraiment été l’ultime recours – les immeubles m’étouffent). Je n’ai fait que ça pendant deux jours, début juillet, et après chaque visite j’étais toujours un peu plus perdue : à part la première maison, tout ce que j’avais vu et qui avait passé une sélection rigoureuse me plaisait.

Le cœur et la raison ont trié, je me suis retrouvée entre deux choix : d’un côté un van plus cher que ce que j’aurais voulu y mettre tout en étant une belle aubaine, le garagiste me faisant un excellent prix pour me permettre d’avoir le standing au-dessus (pas pour une question de confort, mais de consommation et de pollution, une de mes préoccupations de la vie en van) ; d’un autre une chambre dont le prix était le plus abordable de tout ce que j’avais visité, chez une dame quasiment sexagénaire, guillerette et dynamique.

Quelque part j’ai su tout de suite que cette dernière solution était la plus raisonnable. Mais l’idée du van s’accrochait, je n’arrivais pas à la laisser filer. C’est en rentrant à la maison, et en discutant avec l’Aigle (celui de qui je me sépare et qui reste mon ami) que je me suis rendu compte, qu’en fait, mon choix était fait depuis plusieurs jours déjà, si ce n’est depuis le moment où j’ai commencé à peser les inconvénients du van. En passant en revue, une nouvelle fois, tous les pour et contre de chaque option, j’ai réalisé que je me refusais à associer la vie en van avec le faux travail.

Ce faux travail me ronge depuis que je l’ai commencé, il y a quasiment deux ans, et en parlant avec l’Aigle c’est devenu une évidence : je dois m’en sortir et trouver une autre source de revenus qui ne me bouffe pas complètement le quotidien. La vie en van telle que je la conçois devrait être source de liberté et de flexibilité, ce qui ne colle pas du tout avec ma situation professionnelle actuelle. Pour travailler dans de bonnes conditions j’ai besoin d’un ordinateur de bureau et d’une excellente connexion internet, je dois être à la disposition de mes clients, et certains jours je n’ai pas le temps de mettre le nez dehors. Or, vivre au grand air, sans autre frontière que l’horizon, voilà ce qui me plait dans l’idée du van. Incompatibles, donc.

Et puis, pour mon petit cœur chahuté par tous les récents évènements, il fallait quelque chose de stable, de posé, où les soucis seraient moindres et les inconnues plus réduites. Alors, j’ai écrit à C. et je lui ai dit que je souhaiterais prendre la chambre, si elle voulait bien de moi. Elle était ravie.

J’ai emménagé le 15 aout, après avoir vécu plus d’un mois dans les cartons et le matelas par terre. Il était temps que cela cesse. Cette vie entre deux eaux m’écrasait. Pourtant, m’arracher à la maison de Bruges a été d’une puissante douleur. J’ai pleuré, en partant de cette maison que je n’aimais même pas, ma petite 206 chargée à bloc des affaires qui résument ma vie. J’ai pleuré sans pouvoir le retenir, le cœur lourd et désorienté. Je n’ai pas pleuré pour la maison, mais pour ce qu’elle symbolise : mon quotidien avec l’Aigle, mon épanouissement en arrivant sur Bordeaux, le bureau où j’ai écrit mon roman et tant d’autres choses, mon petit jardin que j’ai pris tant de plaisir à faire. Il était temps que je parte parce que cette maison n’était devenue que souffrance, et pourtant je n’ai fait que repousser le jour fatidique, incapable que j’étais de m’arracher à cette vie. Il aurait fallu que je parte bien plus tôt, tellement plus tôt. Dès la rupture (qui a elle-même déjà été bien retardée). Au lieu de cela, j’ai mis plus de trois mois à m’enlever ce pansement, sentant tirer chacun des poils qui étaient pris dans la colle, avec la douleur qui accompagne ce déchirement.

J’ai donc fini par emménager avec C., et cette absurdité de tout mettre dans des sacs et cartons pour tout ressortir ensuite m’a pompé bien de l’énergie. J’ai beaucoup, beaucoup trop d’affaires, et même si j’ai réussi à tout faire rentrer, l’objectif sera évidemment de réduire – drastiquement – le volume pour le prochain. Je n’en veux plus de cette vie encombrée par tant de choses, je veux réussir à jeter l’inutile, quoiqu’il m’évoque. J’ai déjà fait une belle vague de tri avec ce déménagement, mais elle n’est pas suffisante, j’ai encore sur les bras bien trop d’objets que je n’ai pu me résoudre à jeter/donner.

La vie à Léognan (j’écris le nom parce que je l’adore, tout en boucles et en lettres qui me plaisent) se passe bien, très bien, pour les deux semaines qui s’y sont écoulées. La maison regorge d’ondes positives – ou est-ce moi qui arrive mieux à me connecter à elles ? Je ne sais plus bien. C. est une personne qui ne se prend absolument pas la tête, et donc elle ne me la prend pas non plus, exactement ce qu’il me fallait. Un quotidien simple et communicatif, le temps d’adaptation n’a pas été bien long une fois que j’avais tout déballé. Un petit coin de ma tête me dit de rester sur mes gardes, que cette si bonne entente est louche et qu’elle ne peut pas durer, il est trop tôt pour vraiment dire que tout va bien. Voilà où j’en suis pour les relations humaines, à douter de tout le monde sans réserve. Alors je reste sur mes gardes, pour C. et pour les autres.

Quand vous lirez cet article je serai en route pour Cerbère, sur les nationales et les départementales, un voyage de 8 heures qui ne me fait pas (trop) peur, j’ai envie de gouter à ce genre de voyage où le plus important n’est pas d’arriver le plus vite possible, mais de profiter de la route et des paysages. Mon premier arrêt sera à Montréal, juste pour le nom et l’illusion de passer par le Québec. J’aurai tout le loisir de vous en reparler dans un prochain article. Je pense que je suis prête à reprendre des publications régulières. Mon cerveau retrouve ses marques et ses projets, et ça fait du bien.

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20 commentaires

  1. Tu as fait le choix qui te paraissait le plus adapté aujourd’hui. Demain est un autre jour.
    Il est en effet important que tu te poses et retrouves tes marques avec un esprit plus léger. Tu as du faire face à pas mal de choses ces derniers temps. Et tu avances merveilleusement bien vers plus de joie et de paix dans ta vie.
    Je t’embrasse Cléa et hâte de te lire plus souvent.

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  2. La stabilité n’est pas incompatible avec la capacité d’émerveillement et avec la liberté de se promener et de vagabonder libre. J’ai longtemps attendu d’avoir un « chez moi » simple (HLM, logement social), mais que j’adore parce qu’il est fonctionnel, avec des pièces bien distinctes. J’ai la chance de vivre sur la côte d’azur en France, sans moyens véritables. Je n’ai pas de poids de crédits ni de possessions, pas même une voiture. Je me balade sur les sentiers littoraux avec mon chien. Je me sens bien, heureuse. J’ai vécu sur les routes des USA plus jeune, à la Jack Kerouac, j’ai été en couple, mais là, seule, entre un chez moi douillet et la liberté de regarder et de m’émerveiller, j’ai trouvé un juste équilibre 🙂 Je crois que là est la clé : l’équilibre, celui qui nous convient à Nous 🙂

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  3. Le choix est fait, soulagement. Tu parais en pleine forme. J’aime beaucoup tes tournesols, drôles de petits personnages qui semblent nous faire des clins d’oeil « faites comme nous, suivez le soleil, et vive la vie ».

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    1. Ces tournesols qui sourient ne sont pas anodins. En approchant du champ, que j’avais laissé rayonnant quelques semaines auparavant, j’ai vu que tout était fané. « Ça y est, il n’y a plus de vie » me suis-je dit. Et puis j’ai découvert ces portraits de tournesols, avec leurs têtes rigolotes, qui m’ont démontré qu’il y a quand même toujours un peu de vie, une petite touche de douceur et d’espoir là où j’en avais besoin.

      Et oui soulagement c’est le mot.

      Merci de ton passage !

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  4. Léognan, donc. Bon choix, et bravo pour cette prise de décision à la fois ferme et bien pesée. C’est si bien raconté et argumenté qu’on ne peut s’empêcher en lisant de se demander ce qu’on aurait choisi soi-même.

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  5. Coucou Cléa,
    Ravi de lire que les choses semblent aller de mieux en mieux pour toi. Choisir, un mot si banal pour une action si difficile… enfin pour moi en tout cas ! Tu étais à un carrefour de la vie et tu as bifurqué sur un chemin qui va te permettre de te poser et de te regonfler à bloc… je pense très sincèrement que tu as fait le bon choix dans ce contexte compliqué que tu venais de vivre. Je l’espère de tout cœur en tout cas et ça me semble bien parti 😉
    Au passage, ton toutou est magnifique 🙂
    Amitiés
    Seb

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    1. Merci pour tes mots Sébastien ! Oui je pense que ce choix était le plus judicieux, bien qu’il m’ait couté d’abandonner l’autre idée. Enfin, pour l’instant ! Pour le moment tout se passe bien et je m’habitue peu à peu à vivre plus loin de Bordeaux.

      Le toutou est à ma sœur, mais j’en suis la dogsitter officielle 😉 Effectivement il est ultracraquant avec sa bouille ! Ça va être une belle bête^^

      À bientôt !

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  6. Bonjour Cléa !
    Les mises à jour de ton blog ont été rangées dans les spams de ma boîte mail, je ne m’en suis aperçue que très récemment. Je vois enfin comment les choses se passent pour toi maintenant. Nous sommes également passés pas très loin d’une commune appelée Montréal en allant vers les Pyrénées : nous ne devions pas être loin 🙂 Loger dans une chambre chez l’habitant est une très bonne idée je pense, quand on est seul. C’est ce que je faisais avant, et je regrette que ça ne se fasse plus dès lors qu’on a un enfant et un compagnon car j’avais beaucoup aimé ces expériences.

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    1. Oui, mine de rien ça me fait une présence au quotidien qui me force à ne pas me laisser aller et à communiquer. La dame est vraiment agréable. Cela dit je ne me vois pas tenir sur le long terme… Pour le moment je me donne un an. Merci d’avoir fait un tour par ici !

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