Derrière le tas d’ordures

En regardant l’état du comptoir, j’ai su que je ne trouverais pas ce que je cherchais. Il y en avait de partout, à se demander comment l’empilement de casseroles faisait pour tenir. Alors que je cherchais simplement une réponse, un indice, je me retrouvais confrontée à ce bordel sans savoir par quel bout l’attaquer. Il y avait bien un fil qui dépassait, mais je craignais qu’en tirant dessus tout s’écroulerait. « Au moins je pourrais y voir plus clair si j’envoyais tout valdinguer », ai-je pensé. Mais je n’ai pas pu m’y résoudre. Quelque chose en moi m’indiquait qu’il devait bien exister une manière moins radicale, que tout ne pouvait (et ne devait) pas se régler avec force et fracas. Parfois, il faut savoir attendre. Alors, je suis restée là, devant le tas d’immondices au milieu duquel on pouvait encore discerner des choses qui avaient été belles, qui avaient appartenu à de beaux moments. Fallait-il les garder ? Fallait-il les écarter ? Fallait-il les mettre au broyeur ? C’était comme un compost en putréfaction où tout se dégradait lentement, progressivement, comme une digestion qui aurait pris des mois et des années. Je ne saurais dire combien de temps j’ai attendu, fixant le capharnaüm d’un œil désolé, sachant bien que cette observation ne résolvait pas grand-chose sinon de constater le calme passage du temps sur ce bazar, l’érosion de ses coins, les sillons que les fuites d’eau creusaient çà et là. J’ai plongé les mains dedans, j’ai essayé, je cherchais mon identité, il me la fallait, elle devait bien se trouver là quelque part, sous un cahier, entre deux couteaux, au détour d’un verre d’eau, ou même à l’intérieur de ce vieux jouet qui ne me servait plus depuis des lustres mais qui restait entreposé là, par principe, pour le souvenir. J’ai cru discerner, l’espace d’un sourire, quelque chose qui m’appartenait, qui m’appelait. Mon premier réflexe a été de m’en éloigner, de la repousser, faire comme si elle n’existait pas. Le vide identitaire était un gouffre, mais un gouffre si réconfortant. Mais le sourire a continué. Mais le sourire est sorti de dessous le tas d’ordures. Il a grignoté la pourriture autour. Il s’est imposé. Et même si depuis il me fait du mal aussi, régulièrement, j’ai appris à l’accueillir. Un jour, au détour de mon cerveau encombré et mal câblé, j’ai trouvé l’amour.


Article 29/30 du challenge 30 jours/30 articles. Un petit sujet d’invention pour l’avant dernier article de ce challenge !

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2 commentaires

  1. je commente seulement maintenant, arrivé ici via le bilan ; le texte est toujours aussi « frissonnant » ; je relève juste cette remarque dans le bilan : « quand je l’ai fini, j’ai frissonné de plaisir, parce que c’était parfait (du moins pour moi) » parce que ce frisson-là est aussi pour moi le bon signal qui me dit que j’ai fait de mon mieux, et – mieux que de mon mieux – que j’ai touché quelque chose 🙂

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