Cacophonie

Les perles de pensée s’étirent au fil des jours, dans un soupçon de fugacité et d’inaccessibilité, j’ai beau leur courir après elles s’échappent toujours autant, alors je les regarde s’écharper et j’entends le concert qu’elles font en s’écrasant contre les parois de mon cerveau. C’est souvent la cacophonie là dedans, il y a toujours une pensée qui en rattrape une autre, rien d’harmonieux dans cette course entre mes neurones, aucune stabilité, aucun repos.

Autrefois j’avais peur de m’ennuyer (aussi parce que ma grand-mère disait qu’il n’y a que les imbéciles qui s’ennuient, et j’avais peur d’être imbécile) mais je sais désormais que ça n’arrivera jamais, parce que même quand je suis seule mes pensées ne me laissent pas tranquille, elles sont derrière chaque recoin et je m’estime déjà satisfaite lorsqu’elles attendent chacune leur tour pour s’exprimer, dans une ronde presque polie. Mais d’autres fois, comme dimanche dernier, elles fusent dans tous les sens, les unes par-dessus les autres, je pense à dix choses en même temps, et quand je dis en même temps, ce sont réellement dix voix qui se superposent et se cognent les unes contre les autres. Bon courage pour essayer de distinguer quelque chose de cohérent là dedans. C’est à me donner envie de plonger mes doigts par mon front jusqu’à mon cerveau et les extraire par paquets, ces affreuses, et les jeter sur le trottoir trois étages plus bas, en me dépêchant de refermer la fenêtre pour qu’elles ne remontent pas aussi sec. Même si je sais pertinemment que je suis foutue parce qu’aussitôt que les pensées sont arrachées d’autres viennent prendre leur place dans ce cercle infernal qui ne prend fin que lorsque je m’endors – car quand les paupières sont fermées ça ne suffit pas, voire même parfois ça réactive tout ce à quoi je n’avais pas encore eu le temps de penser dans la journée, et alors là bonjour pour se laisser emporter par Morphée.

Voilà, j’ignore à quel point ça peut vous intéresser de savoir et de comprendre comment ça se passe dans cette espèce de cerveau, mais j’avais envie de conclure ce challenge par une introduction à un sujet que je risque d’aborder régulièrement et sur lequel je tâtonne encore un peu, la surefficience et la façon dont le cerveau s’agite même quand il n’y a rien à agiter. Il y a tant à dire, tant à se questionner, tant à conjecturer, je reste prudente et méfiante, mais l’indulgence que j’ai pour mon cerveau depuis que je me dis que, peut-être, ça me concerne, cette indulgence-là je l’attendais depuis longtemps, elle m’est précieuse, et j’espère pouvoir la partager avec vous dans le futur.

À demain pour le bilan de ce challenge !

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6 commentaires

  1. ça m’intéresse aussi beaucoup la ‘surefficience’ (je ne connaissais pas le mot mais je ‘vois’ le concept) car elle s’apparente aussi, il me semble, à certains autismes (qu’on dit ‘de haut niveau’ comme les ‘asperger’) et ça concernerait ‘justement’ les pensées……dans ces cerveaux-là, les pensées ne seraient pas éliminées et/ou canalisées comme dans les autres cerveaux en général et cela dès la naissance…..
    à te lire, cléa! et bravo pr le challenge réussi!!!
    gros bisous

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    1. Effectivement dans le livre « Je pense trop » que j’ai lu récemment, l’autrice parle des Asperger, au milieu des autres surefficients qui arrivent un peu mieux à « s’intégrer » dans la masse des « normopensants » (c’est le terme de l’autrice, je ne l’aime pas trop car il sous-tend qu’il existe une norme de pensée là où je préfère voir des différences). Je ne suis pas sûre de continuer à aborder le sujet en détail parce que je n’ai pas vraiment eu de réactions sur cet article et je ne me vois pas en parler dans un monologue (même si c’est aussi de ma faute parce que j’ai complètement délaissé mes commentaires des autres blogues).

      Merci de tes félicitations pour le challenge réussi ! Je ne suis pas vraiment satisfaite du résultat et je n’arrive pas à en faire le bilan… Mais je suis contente d’être allée jusqu’au bout 🙂
      Bises

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      1. pourquoi n’es-tu pas satisfaite, cléa? quant à ne pas faire un article sur le sujet de la surefficience sous prétexte que tu n’as pas eu de réaction, serait, pour moi, une erreur
        je connais pas mal de personnes que ce sujet touche et tu n’écris pas seulement pour ton public attitré mais pour tout le monde, n’est-ce pas?
        et puis pourquoi penser que la Vie c’est un prêté pour un rendu?
        parfois je n’ai simplement pas le temps de lire les blogs mais je ne pense pas pour autant que je devrais le faire pour qu’on lise le mien 🙂 mais je t’accorde qu’il y a toujours un fond de culpabilité (à combattre en soi!) à être lu et à ne pas lire les Autres 😉

        je t’embrasse, cléa et j’attends avec envie ton écrit sur la surefficience (même si je ne suis pas sûre de pouvoir le lire dès que tu le publieras si je n’en ai pas le temps à ce moment-là……ce qui ne voudra donc pas dire que ça ne m’intéresse pas….CQFD)

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        1. Oh oui je le sais bien, et merci de me remettre les points sur les i ! Ça fait partie du « problème » des cerveaux surefficients, la soif insatiable de reconnaissance… Quand elle est absente on dépérit et on doute de sa légitimité à faire les choses. Ajoute à cela de puissantes valeurs de justice et d’équité (je ne peux pas attendre des autres (la lecture et les commentaires) ce que je ne fais pas moi-même) et ça donne une belle culpabilité/contrariété…
          Mais merci de ton soutien en tout cas !

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  2. J’ai mis du temps à le lire. Je crois que j’ai eu besoin de réfléchir à l’idée que tu évoques ici.
    Tu avais peut-être lu mon retour d’expérience sur une séance d’astrologie faite il y a quelques mois. Au cours de cette séance, cette idée a été évoquée. Mon cerveau va à 100 à l’heure, les pensées viennent, passent, s’arrêtent, se cognent aussi les unes contre les autres. C’est mon mode de fonctionnement. Par le passé, ça a été douloureux. Doucement j’accepte cet état de fait. Le jour avec les pensées, la nuit avec les rêves, mon cerveau est en ébullition constante.
    Pour ma part, j’aimerais beaucoup que tu abordes le sujet plus en profondeur.
    Je te comprends complètement sur le « besoin » de reconnaissance, j’ai ce genre de phase aussi, puis je passe à autre chose.
    Bravo en tous cas pour les 30 jours de challenge que tu as remporté haut la main. J’espère surtout que ça t’a fait plaisir d’écrire tous les jours (même ceux sans retour). Et que tu vas continuer à écrire plus souvent sur ton blog car c’est toujours un plaisir de te lire.
    Prends soin de toi Cléa.

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    1. Merci de ton retour Marie, et merci aussi de ta fidélité tout au long de ce mois de challenge ! Tes lectures et commentaires sont toujours si précieux.

      Le monde dans lequel nous vivons a été construit par des « cerveaux gauches » (la logique mathématique), et pour le coup si chez toi c’est le cerveau droit qui domine (la créativité, l’abstraction) tu peux vite te retrouver à l’écart de plein de choses, en pensant que ton mode de fonctionnement n’est pas adapté… Commencer à accepter que l’on fonctionne différemment, et que c’est OK, ça ouvre tellement de possibilités ! Encore faut-il l’assumer pleinement, mais c’est une construction de soi qui est autrement plus attirante.
      Si tu es en ébullition alors cet article a dû te parler…

      Je serais ravie d’en parler avec toi au détour d’un autre article sur le sujet ! Je prends une petite pause et je m’y remets.

      Merci ❤

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