Et le muguet se fane

Il aura duré quelques jours, le temps que s’évapore la magie d’une rencontre. Il aura duré quelques jours avant de s’éteindre, à l’image de tous ces espoirs qui fleurissent brillamment sans jamais vraiment perdurer.

Sur le comptoir de ma cuisine il y a un brin de muguet en train de faner, pour me rappeler qu’un moment particulier est passé et s’est envolé dans la grâce d’un coucher de soleil, que déjà il n’est plus, après l’avoir attendu, après l’avoir espéré, il a si vite disparu. Une parenthèse dans le temps et c’était déjà fini, je suis repartie avec un dommage sur les lèvres, un dommage que je n’ai pas su taire et qui résume, en quelques lettres, tout ce que j’aurais aimé trouver dans ce moment et qui s’est perdu dans un souffle. Je suis repartie avec des mots plein la tête, comme si ça ne suffisait pas d’avoir parlé pendant des heures, il y avait encore tant de questions que j’aurais voulu poser, de choses que j’aurais voulu dire, et qui resteront là, en suspens, prisonnières de mon cerveau, sans savoir si elles auront l’occasion d’être délivrées un jour.

Dans un bocal en verre avec un fond d’eau, il y a un brin de muguet presque fané, je ne sais pas quand il refleurira. Il continue de se flétrir, comme cette pensée que j’ai d’un jour avoir le droit à un joli printemps, moi aussi. Le muguet se fane et m’apprend que la vie est comme ça, qu’elle peut entrouvrir des portes sans me laisser entrer, alors je reste derrière à contempler, par l’entrebâillement, tout ce que j’ai été si près (et si prête) de toucher, mais qui ne se rapproche toujours pas.

Alors, c’est cette familière déception, flanquée de l’incorrigible frustration, d’avoir senti toutes les planètes s’aligner vers la délicatesse de ce moment, toute sauf une qui s’est obstinée à rester à la traine et qui a eu tôt fait de ramener l’univers dans son désordre habituel. Alors, c’est le retour à la maison les oreilles bourdonnantes et les larmes au coin des cils, et tous ces soupirs face à ce qui ne sera pas et dont je me sens privée avant même d’avoir pu y gouter.

Oui.

Mais.

Oui mais, au milieu de la déception, intercalé entre deux couches de frustration, deuxième à gauche après le cerveau en pleurs, il y a aussi le sourire d’avoir essayé, un tiraillement entre ce qui fait tant de mal et ce soupçon d’émotions positives qui se sont invitées, inattendues et surprenantes, pleines de vie et de promesses.

Alors, si je suis repartie le cœur figé, je suis aussi repartie avec l’envie de déjà recommencer, parce que ce muguet qui se fane me rappelle aussi que j’ai essayé, que j’ai pris le risque par la main et qu’il a ouvert, pour moi, une parenthèse hors du temps sur cet enfer qu’est la Terre. Ce muguet qui se fane me rappelle que ce moment a existé, plusieurs heures bercée par le son d’une voix, la couleur d’un regard, la douceur d’un sourire et la vérité d’une vie. Ce moment a existé et s’est fleuri de tout ce qui rend beau, c’était la nature et c’était un banc, et un muret de pierre, et les heures qui défilent sans apercevoir leur cortège, car ce moment a existé sans que le temps doive s’efforcer de passer, il était fluide et serein, simple et merveilleux, précieux et éphémère.

Le muguet qui se fane me suggère que d’autres boutons s’ouvriront, et que si ce n’est pas le muguet alors ce sera une autre fleur, un autre lieu, un autre temps. Le monde regorge de plantes qui ne demandent qu’à éclore et à s’épanouir de leur sourire, à vibrer des promesses d’un regard.

Le muguet qui se fane m’invite à la patience et à la délicatesse, il me promet que les beaux moments se renouvèlent et qu’il ne faut pas hésiter à aller les chercher dans les recoins de la vie les plus inattendus, là où les cœurs battent et les souffles s’accélèrent, là où les brindilles se soulèvent et dévoilent, avec passion, un sourire qui n’existait plus.

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14 commentaires

  1. Beau texte et joli muguet qui était déjà fané au 1er de ce mai, ici. Les marguerites ont envahi une partie de mon jardin, les pivoines et le désespoir du peintre s’étendent dans les parties les plus ombragées… 😉

    Aimé par 1 personne

  2. Ton texte est splendide Cléa. Je l’ai lu deux fois tellement je le trouve juste et bien écrit. Le temps ne s’arrête pas sur un instant. Ce sont les émotions nées de cet instant qui changent le cours des évènements. Je te souhaite de belles choses à venir.

    Aimé par 2 personnes

      1. le plus important est *d’essayer*, de poser un acte et c’est cela qui t’a rendu heureuse malgré la déception finale……alors bravo pour cette magnifique réflexion sur ton expérience!
        tu iras loin car tu es pleine de Vie ❤
        bisous!

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