Le contraire du tout

Le premier jour, il lui avait dit qu’il l’aimait et qu’il l’emmènerait vivre dans le pré vert et guilleret qui bordait le plat du monde, là où on n’avait pas besoin de chaussures pour marcher dans le rêve, car fouler l’herbe de ses pieds nus suffisait pour se sentir vivant, là où le soleil brillait sans brûler et où rien ne piquait, rien n’abîmait, tout restait beau et tendre, tout restait à prendre. Il l’avait prise par la main et il lui avait fait traverser de belles rivières, ils y plongeaient leurs visages, ils riaient de joie ! Sur leur nuage, c’était la contemplation l’un de l’autre, la saveur d’un regard échangé, la chaleur d’un sourire éclatant. La vie était grande ouverte. Pour rien au monde ils n’auraient voulu que cela cesse. Le sens de l’existence était là, au creux du cœur.

Le dernier jour, elle lui avait dit qu’elle le détestait et qu’elle le voulait le laisser mourir sur place, dans ce monde rouge du sang des cris et dont la brousse sèche s’étalait au milieu de nulle de part, là où l’on se brûlait la plante des pieds à chaque pas que l’on faisait dans la réalité, car chaque souffle que l’on prenait signifiait s’éteindre un peu plus, là où le soleil vous attrapait de ses tentacules mordantes et asphyxiantes, où rien n’était doux, rien ne guérissait, tout restait sombre et décevant, tout était à jeter. Elle l’avait poussé dans le précipice infini, puis était tombée avec lui, ils criaient de désespoir. Dans la chute ils se tournaient le dos, goûtant l’âpreté de l’ignorance, glacés par la tension des corps dans le néant. La mort les attendait. Mais elle ne semblait pas arriver assez vite. L’absurdité de la fin les frappait, le long des larmes.


Ce mois-ci c’est un dodo paresseux qui anime l’agenda ironique. Après La nuit du poisson, me voici de retour pour parler de tout, et de son contraire, ou l’inverse, je ne sais plus bien :

« Attention, hein ! Pas tout, tout de suite, ni tout de même, ou tout et n’importe quoi, encore moins tout le monde cherche son chat… mais, n’en déplaise à m’sieu Pagny, tout et son contraire ! »

soleil, brousse, chaussure, pingouin, tentacule, épuiser, vert

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