Virage amorcé

Mercredi 12 septembre 2018. Réveil à 6h30, je me lève et me prépare tranquillement sans trainer pour autant ; pas le temps pour un petit-déjeuner d’une heure et demie aujourd’hui. Cela perturbe un peu ma routine. Je termine de préparer mon sac et, à 7h40, je sors de chez moi en direction du tram.

Je n’ai pas fait quelques pas que, déjà, ça me gonfle. Les voitures s’accumulent en longues files aux feux rouges et la perspective du tram bondé me fatigue par avance. Je sens un gros poids sur mes épaules. Je pensais avoir fait une croix sur tout ce bordel matinal en devenant freelance. S’il y a bien une chose qui ne me manquait pas, c’est les transports en heure de pointe. Je soupire. Décidément, je ne fais pas ça de gaité de cœur.

Lézard

Puis, soudain, mon Cerveau Raisonnable me secoue. « Tu préfèrerais passer la journée à traduire comme une débile ? » Touchée. La réponse est non. Mille fois non. Non à l’infini. La traduction me sort par les trous de nez. La traduction m’use les nerfs. La traduction me tue à petits feux. Je suis tellement dégoutée de ce métier que la solution temporaire que j’ai trouvée pour m’en sortir est d’aller garder des enfants en périscolaire.

Moi.

GARDER DES ENFANTS.

Ce n’est pas un secret que les morveux c’est loin d’être ma passion. Pourtant, aujourd’hui, l’idée d’aller m’occuper de deux enfants de 8h30 à 17h me soulage. C’est dire à quel point je n’en peux plus de la traduction.

Lézard

J’avais déjà pris la résolution d’en finir avec cette activité en 2019. Et comme (de temps en temps) la vie fait bien les choses, une opportunité s’est présentée. Une amie qui travaille dans le service à la personne cherchait une nounou bilingue pour de la garde d’enfants en anglais. Elle m’a proposé en rigolant si je ne voulais pas le faire. J’ai très sérieusement accepté.

Évidemment, ce n’est pas avec ça que je vais me rouler dans le caviar. Les horaires de travail sont tout de même assez limités. Mais, même chiche, le salaire tombera régulièrement. Fini les mois sans pouvoir me verser de salaire parce que je n’aurai pas fait assez de chiffre d’affaire et que le peu que j’aurai gagné, l’urssaf me l’avalera.

J’ai quelques économies dans lesquelles je pourrai puiser pour compléter. Mon train de vie n’est de toute façon pas dépensier. S’il faut manger un peu plus de pâtes je mangerai un peu plus de pâtes. S’il faut manger un peu moins bio, je mangerai un peu moins bio. Si ça signifie retrouver ma liberté et du temps pour moi, je prends. Je prends mille fois sans regarder derrière moi pour savoir si je fais le bon choix. Toute décision qui m’éloigne de la traduction est, par définition, le bon choix.

chat

Trois semaines après avoir commencé, je peine toujours à trouver mon rythme. Je continue de faire quelques traductions pour gonfler un peu mon revenu, mais ça ne va plus faire long feux. Je vois bien dans quel état ça me met, et comme je suis capable de m’effondrer en pleurs quand je reçois une demande d’un client en particulier avec qui je n’ai pas envie de travailler (le plus radin et le moins souvent satisfait, cherchez l’erreur), mais que je me contrains à accepter, par pure nécessité financière. Ce client-là est celui qui m’a définitivement pourri la vision que j’avais de ce métier, pourtant si intéressant.

Cela étant, garder des enfants, ce n’est pas non plus l’éclate intersidérale. Ils m’ennuient vite. Les heures sont parfois longues. Ou alors c’est la course contre la montre. Et l’année scolaire ne fait que commencer.

Mais ce n’est pas un travail qui me suit lorsque je rentre chez moi. Il n’est pas là à m’attendre sur mon bureau, à côté de mon lit dès que j’ouvre l’œil. Une fois les enfants rendus aux parents, je dispose de mon temps et de ma vie. Certes, il ne va pas me permettre de vivre convenablement. Mais avec la traduction je ne vis pas tout court. Ce qui me semble bien pire.

Chat

Alors le virage est amorcé. Vers, je l’espère, cette vie qui me ressemble et que je pourrai maintenir à flot sans avoir l’impression récurrente de prendre l’eau. Le virage est global, d’autres choses vont évoluer, en bien, en neuf, en voulu. J’ai déjà hâte de passer du temps avec mes livres, avec mes histoires, avec mes personnages. Passer du temps avec vous aussi, sur la blogosphère. Prendre le temps de vivre. La vraie vie. Celle qui met des papillons dans le cerveau. La vie qui enchaine, je n’en veux plus. Je refuse qu’elle me garde au fond du trou. J’ai besoin de soleil pour habiller ma noirceur. J’ai besoin d’horizon pour alimenter l’espoir.

Le cœur en poche, le sourire au bout des doigts. Ces doigts qui pianotent sur les mots de mon cerveau.

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22 commentaires

    1. Oui, c’est très insidieux ce grignotage, il vient vraiment petits bouts par petits bouts… Je ne me rends compte que depuis que j’ai vraiment arrêté à quel point ça m’a vidée.
      Bon courage à toi, j’espère que c’est moins dur de ton côté…

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      1. ça va bientôt faire 12 ans de traduction en freelance pour moi… J’ai beaucoup de travail et pas de rapports conflictuels mais les conditions (délais, tarifs, exigences diverses…) sont de plus en plus difficiles et je crois tout simplement que j’aspire à autre chose maintenant.

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        1. wow, 12 ans ! déjà au bout de 3 je suis à genoux, je n’aurais jamais pu tenir jusque-là… Une des raisons qui motive aussi ma décision est cette dégradation des conditions (que j’ai déjà ressentie rien que sur le peu de temps où j’ai été freelance, donc j’imagine pour toi…). Je me sentais traitée comme un bout de chiffon facilement remplaçable (et donc corvéable à merci) et je n’en pouvais plus de ça, de recevoir des mails avec des délais ridicules, et souvent la demande d’un « geste » sur les gros volumes… Bref, c’est usant. J’espère que tu arriveras à prendre un joli virage toi aussi, vers ce que tu aspires !

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  1. De tout cœur avec toi dans ce virage de vie. Prendre des décisions pour soi est l’une des choses les plus difficiles pour beaucoup de personnes. C’est déjà un grand pas d’avoir osé reconnaître que la situation ne te convenait plus, d’avoir réfléchi à des stratégies à mettre en place pour la changer et de les mettre en œuvre.

    Courage et bravo !

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    1. Merci pour tes encouragements, ils sont précieux ! Du courage, j’en ai besoin… La décision a fini par s’imposer d’elle-même mais, oui, il faut du courage pour la mettre vraiment en application… Quoique, depuis un mois que j’ai arrêté, c’est vraiment une évidence maintenant.
      À bientôt sur notre chemin d’écrivain·e·s !

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  2. hihihi, qui l’eut cru, cléa en nounou….mais attention, une nounou bilingue, s’il vous plaît!!! oh que c’est bon de te sentir ‘renaître’!
    oui l’avenir est au bout de tes doigts et ça, çaaaaa
    des gros bisous et comme tous ici, je dis *bravo cléa*

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      1. Oui, tous mes amis proches ont bien ri aussi lorsque je leur ai dit que je gardais des enfants^^ C’est un peu improbable, mais finalement pas insurmontable. Toutes les familles dans lesquelles je vais sont ravies, ça aide.
        Merci de ton soutien et de ton enthousiasme, comme toujours !

        Pour les photos, j’aime aussi beaucoup le cache-cache avec le chat 😀 C’est un tas de bois devant la fenêtre de ma chambre, la faune s’y plait bien… Lézards, chats, souris, oiseaux… du bois mort qui regorge de vie !

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  3. Un sacré virage que tu prends là ! C’est très courageux de ta part d’accepter de changer de vie de la sorte. Ce n’est pas facile d’accepter qu’on n’est plus heureuse et qu’on a besoin d’autre chose. J’espère que cette nouvelle vie t’apportera beaucoup d’épanouissement !

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