Tri-tatouée : mésange écureuillesque (3/3)

[Acte 1] [Acte 2]

L’inspiration pour mon troisième et dernier tatouage (à l’heure où j’écris ces lignes) est avant tout une histoire d’amour. Il ne s’agit pas d’un symbole qui a mûri en moi pendant de longs mois voire années comme les précédents. C’est au contraire un coup de cœur pour une photo, tellement subit et intense que j’ai très vite su qu’elle m’accompagnerait au plus près de ma vie d’une façon ou d’une autre.

La personne derrière cette photo n’est autre que Laure L’écureuillette que je vous ai déjà présentée sur ces pages. Vous savez donc comme je voue une grande admiration à son travail, et comme ses clichés des petits êtres ailés m’enchantent infiniment.

Quand j’ai découvert sa série de photos sur les mésanges à longue queue, sur sa boutique en ligne, j’ai été instantanément conquise par les bouilles si curieuses et duveteuses de ces oiseaux. Une photo en particulier a fait chavirer mon cœur et je me suis empressée de la commander pour l’avoir entre les mains.

mésange longue queue 1
(c) Laure L’écureuillette

La confiance qui se dégage de cette mésange et de sa posture sont fascinantes. C’est en tout cas la première sensation qui s’est imprégnée en moi lorsque mes yeux se sont posés dessus. Le regard tourné vers le ciel, le bec haut, le front fier, la poitrine bombée, les pattes droites et sures d’elles… Tout ce que j’aspire à être au quotidien mais qui me fait souvent défaut, car le doute revient sans cesse à la charge pour envoyer valser le maigre pécule de confiance en moi que j’arrive à accumuler. C’est aussi une partie de mon caractère, et je ne cherche pas à l’éradiquer. Le doute est sain. Encore faut-il qu’il soit mesuré. Et raisonné. Car il est source de conflits internes parfois interminables qui me fatiguent.

Alors j’en ai discuté avec Laure et elle a immédiatement été partante pour mon projet : graver la confiance de la mésange dans ma peau pour qu’elle m’en donne un peu au quotidien.

Le temps de laisser reposer l’idée pour être sure qu’elle me convienne, j’ai fait mes recherches et passé de longues heures sur Instagram, à sauter de compte en compte pour trouver le tatoueur (encore une fois ce fut un homme) dont l’univers et le travail pourraient coller à mon projet. Au détour de je ne sais plus quel mot-clic (la traduction du « hashtag » donnée par Instagram et que je trouve ma foi pertinente) j’ai fini par atterrir sur le compte d’Arno Le Daron, où plusieurs photos de tatouages et de dessins d’animaux m’ont rapidement convaincue.

En mars, je contacte Arnaud et passe le voir pour discuter avec lui de mon projet. Il était partant et disponible dans le délai que je souhaitais. À partir de là il n’y avait plus à tergiverser. L’acompte était donné, le projet lancé.

Ce qui est super avec Arnaud c’est qu’il prend le temps de dessiner avant le jour du tatouage (et pas le jour même un peu à l’arrache comme ce fut le cas pour Athéna). Le dessin a ainsi pu être travaillé et corrigé en amont, et c’est bien plus agréable.

Il m’a envoyé un premier dessin. Hélas, problème de communication : il avait compris que je voulais un oiseau quelconque avec cette posture, et pas que je voulais cette mésange bien précise. C’était hélas trop important pour moi pour laisser passer ce détail et, alors que son dessin était sublime, je lui ai indiqué les petits détails qui n’allaient pas, tout en culpabilisant à mort de le faire recommencer (la culpabilité, partenaire du doute depuis 1989). Il a respiré un grand coup, a noté tout cela et m’a dit qu’il recommencerait.

Lorsque j’ai reçu le nouveau dessin, mon cœur est tombé par terre : c’était la mésange tout craché.

mésange dessin
(c) Arno Le Daron

Le coup de crayon était splendide et les couleurs automnales me correspondaient à merveille. Je tenais ma pépite de confiance. Le 11 mai, je retrouvais Arnaud en début d’après-midi pour la dernière étape, et non des moindres.

Ce que j’ai particulièrement aimé avec ce tatouage c’est que j’ai pu observer toutes les étapes de réalisation, les coups d’aiguille, les changements de couleur, la concentration du tatoueur tandis qu’il remplissait peu à peu les traits du transfert, maniant son aiguille comme un pinceau, le geste sûr et appliqué. Ne me demandez pas si ce fut douloureux : je sais que tout n’a pas été agréable mais, comme pour un accouchement, le ravissement à la découverte de l’oiseau qui était né sur ma peau a chassé toutes les douleurs qui ont pu survenir. Tout processus créatif n’est-il d’ailleurs pas une sorte d’accouchement ?

mésange tatouage

Encore plus que les deux précédents tatouages, la mésange a fait partie de moi à la seconde où elle s’est posée sur mon bras. Il n’y a pas eu de temps d’acclimatation, c’est comme si elle avait toujours été sous ma peau et que la main d’Arnaud n’avait fait que la révéler, comme un négatif qui aurait passé 28 ans à la lumière avant de dévoiler son image.

Remplit-elle son rôle de confiance ? Chaque jour qui passe. Il n’est pas rare que je pose mon bras contre ma joue pour y puiser un firmament d’assurance. J’aime la savoir près de moi. On m’a fait remarquer qu’une fois de plus, j’avais choisi un être ailé pour marquer ma peau. Je n’en avais même pas pris conscience. À la lumière de ma transition actuelle, il est évident que les ailes sont la liberté à laquelle j’aspire pour mener ma vie.

Voilà l’histoire un peu longue d’un tatouage finalement simple. J’espère donner à la mésange d’autres compagnons ailés au fil des ans, pour habiller mon bras de ces bouilles curieuses et attendrissantes. La galerie de Laure regorge d’êtres plus inspirants les uns que les autres. En attendant, j’ai discuté avec Arnaud d’un autre projet encore différent… Affaire à suivre !

J’espère en tout cas que vous aurez aimé découvrir ces bouts de peau, que vous soyez ou non amateurs·trices de tatouages. Une fois de plus, je me mets à nu (pour les photos tant que pour les mots). Parce que comme cette encre sous ma peau, j’aime cette idée qu’il reste quelque part une trace de moi. Je tatoue l’internet de mes mots. Et à tou·te·s celleux qui passent par ici s’en imprégner, merci infiniment.

mésange 2
(c) Laure L’écureuillette
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7 commentaires

  1. Oh elle est belle ta mésange. Et le tatouage est très réussi. Hier, je disais à ma fille que je me ferais bien tatouer un petit bout de peau, histoire d’avoir une oeuvre d’art partout avec moi. Je pensais qu’elle le prendrait mal, mais elle m’a dit immédiatement que ce devrait être un Teddy (mon ami rouge-gorge du bois). Je n’y avais même pas pensé, mais comme elle a raison. Par contre, je ne sais si je passerai le pas, ne connaissant pas de tatoueur ni personne près de moi qui se soit fait tatouer.

    Aimé par 2 personnes

  2. Wahouuuuu……………………………Je suis plus que touchée….Ouin je vais verser des larmichettes……….
    Merci pour ce beau texte et pour ce que tu nous livres de toi….
    Comme je suis heureuse que ma petite mésange à longue queue te donne de la confiance ou en tout cas l’invoque par sa stature, son attitude, sa prestance. Et comme c’est touchant le fait que parfois tu la mettes contre ton visage…La protectrice…
    Et merci pour tes mots me concernant…..Je n’ai que très peu de mots pour te remercier car je suis vraiment émue…..Quel honneur tu me fais….
    Beau boulot d’Arnaud l’artiste tatoueur !
    Tu peux avoir confiance en toi oui car tu es une personne extraordinaire :).

    Des gros bisous plumeux :).
    Laure l’écureuillette

    Aimé par 1 personne

  3. J’aime beaucoup cette mésange. Je crois que c’est mon préféré, si doux et si fort en même temps. Que la confiance de cette mésange te porte Cléa dans tes projets, au jour le jour. Fais lui confiance, fais toi confiance.
    Merci pour ces partages intimes qui m’ont beaucoup plu. Je crois à ces partages vrais, qui viennent du coeur des gens et se distillent dans le coeur, la vie des autres.

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  4. pari réussi! tes trois tatouages me ravissent, tu penses bien!!! comme tu le sais, je suis très fan de l’univers de laure et je suis donc doublement heureuse de voir ce tatouage à ton bras……bras-branche bien sûr 🙂
    nul doute pour moi que ces êtres ailés sont le signal de ton envol, quel qu’il soit…….
    plus je regarde les photos et plus je suis admirative des artistes mais, et surtout, de TON inspiration pour le résultat final de l’oeuvre: TOI
    des gros bisous, cléa!

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  5. C’est tellement beau 💚 je suis si touchée de la façon dont tu intègres le vivant en toi, comme tu partages tes émotions et la façon dont les symboles prennent forment sur toi. J’adore. Merci merci merci de tant de richesse que tu partages

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  6. Magnifiques articles autour de tes tatouages. On sent tellement de douceur dans tes explications, ça en devient presque de la poésie, c’est très agréable à lire. La manière dont tu décrit les séances sans entrer dans les détails de l’effraction mais plutôt dans le côté social, tout en douceur, pourrait aider les plus mitigés à comprendre que le tatouage, ce n’est pas qu’un dessin qui peut être plus ou moins douloureux sur le moment, c’est bien plus que ça…

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