29…

Octobre est passé avec un flamboiement qui reste dans un coin de mon cerveau. Puis novembre a égrené ses jours en un coup d’éclair. J’ai surveillé, semaine après semaine, la déliquescence de l’allée d’érables que j’emprunte presque quotidiennement pour aller au travail. Le vert soyeux a laissé la place à des nuances somptueuses de rouge, de jaune et d’orange. Quand le soleil tapait dessus alors que je revenais d’aller poser les enfants à l’école, c’était un vrai éblouissement, une farandole de couleurs se balançant doucement dans la brise automnale. Chaque jour, l’émerveillement renouvelé tandis que j’entrais dans le vingt-neuf d’un pas résolu.

C’était le dernier vendredi d’octobre 2018 et c’était au bord d’un lac. Le Lac Vert, découvert aux prémices de la saison avec l’envie de m’y arrêter régulièrement. C’est sur ses rives que j’avais écrit mes vœux d’automne, enfin résolue et déterminée à mettre le faux travail derrière moi. Le ciel était chargé de nuages imposants, sans qu’ils déversent leurs eaux sur cette journée symbolique. Juste de quoi donner un peu de caractère au paysage.

Lac Vert nuages

Vingt-neuf ans révolus, fêtés en tête à tête avec moi-même au bord de l’eau. Je n’ai besoin de rien de plus. Le 26 octobre reste un jour brisé depuis que Mayble est morte, et je suis toujours un peu mal à l’aise de recevoir des vœux guillerets tout au long de la journée. L’anniversaire du deuil se fait un peu moins cruel avec le temps, mais je crois qu’il restera toujours un peu de ce pincement au cœur et de cette envie d’une journée sobre.

Alors j’ai passé l’après-midi devant le lac, et j’ai peint. Oh, ce sont toujours mes peintures dignes d’une enfant de maternelle, mais c’est fou la sérénité que peu m’apporter la texture de l’acrylique, et je m’y adonne avec une joie sans cesse renouvelée. Le travail de la matière et des couleurs, l’inspiration du moment, les nuances qui naissent des mélanges, le pinceau qui glisse sans vraiment savoir où il va. Et ces mots-clés qui naissent lorsque le gribouillis est terminé. Spread [Propage-toi] Share [Partage] Love [Aime] Grow [Cultive-toi] Breathe [Respire] BLOOM [FLEURIS]

29bJe rebascule à nouveau dans un nombre impair, après le 27 qui m’avait cisaillé les nerfs jusqu’au bout, contrairement au 26 et au 28 dont les courbes m’ont bercée du début à la fin. Mais je n’en veux pas au 29 d’être impair ; ce 9 n’est, après tout, qu’un 6 à l’envers, un chiffre pair déguisé, enrobé d’une courbe agréable. Cette année, je le vois aussi comme le neuf, le nouveau, pour le changement de vie que je suis en train d’opérer. Le double 9 du 29-2019 qui m’accompagnera dans cette transition, dont la manœuvre s’avère délicate et les chances de succès faibles. Mais du neuf qu’il faut essayer nonobstant.

J’ai toutefois vu à regret s’effacer les derniers jours du 28, lui que j’avais accueilli avec tant de joie et d’espoir. Il me reste le 8 de 2018 pour encore quelques semaines, alors je l’écris furieusement avant qu’il ne disparaisse complètement pour les dix années à venir.

Novembre est passé et je me suis abrutie de mots, dans ce Nanowrimo auquel je me suis encore attelée cette année. J’ai eu du mal à démarrer, j’ai pris un retard fou, et je n’ai pas bouclé les 50 000 mots. Tout juste 41 000 au compteur, et toutefois le sentiment d’avoir réussi, le plaisir d’avoir partagé mes heures avec des personnages que j’adore et qui attendaient depuis longtemps de vivre leur histoire. Je vous en reparlerai dans les semaines qui arrivent puisque l’objectif est de publier ce roman sur wattpad à la rentrée de janvier.

Les projets d’écriture se mettent donc en branle, à leur rythme. J’ai commencé depuis dimanche la publication de La dictature du cœur guimauve sur Fyctia, une plateforme d’écriture qui organise un concours jusqu’à la fin du mois. Il se trouve que j’ai récemment reçu un avis très mitigé sur ce roman, et je voudrais le mettre à l’épreuve d’autres lectures pour voir s’il emballe ou s’il indiffère. Je lui consacrerai très vite un article, mais si votre curiosité vous y porte d’ici là, ça se passe par là.

feuille rouge

Novembre a aussi apporté avec lui sa valse de tourments, moi qui pensais avoir gagné la sérénité pour quelques temps, qui me disais justement que la cacophonie de mon cerveau semblait s’être apaisée, eh bien, non, j’ai lentement glissé dans le doute à nouveau, et les vagues d’interrogations sans réponses, et les envies non abouties, et les espoirs déçus, et les oui mais et les si seulement, compagnons d’infortune qui semblent me tenir la grappe pour l’éternité. Je dis à tout le monde que je suis débordée, mais en réalité c’est mon cerveau qui est occupé, il a verrouillé la porte et jeté la clé dans les toilettes.

Je l’ai vu venir, j’ai senti la descente, je me suis agrippée aux branches du puits sans fond pour ne pas le toucher, mais les bras finissent toujours par lâcher. Alors je suis tombée et je me suis brisé la nuque. La terre peut encore céder sous moi à tout moment, sauf si je décide avant de remonter, portant sur le dos le poids de mes doutes et de mes inquiétudes, et le cadavre de mes envies de simplicité assassinées.

Je suis fatiguée, de tous ces combats qu’il faut mener pour vivre dignement. Contre soi-même et contre le reste du monde. Je cherche encore l’utilité de la vie, du moins de la mienne. En attendant je baguenaude, je fais des rencontres, j’expérimente, j’écris, peut-être sont-ce les seules choses qu’il y ait réellement à faire.

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6 commentaires

  1. « En attendant je baguenaude, je fais des rencontres, j’expérimente, j’écris, peut-être sont-ce les seules choses qu’il y ait réellement à faire. »…….oui car ce que tu énumères là, c’est *vivre* tout simplement
    le grandiose peut arriver, certes……mais pour qu’il surgisse, laissons-lui la place en ne l’attendant pas 🙂
    pour ma part, j’adore *baguenauder*……rien que le mot me met en joie! c’est un mot de ma petite enfance…..quand on me demandait ce que j’avais envie de faire, je répondais « je vais baguenauder » avec le plus large sourire du monde et ça agaçait tout le monde car on DOIT faire quelque chose! en fait on souffre de ce qu’on croit DEVOIR faire parce qu’on nous dit qu’il y a des choses à faire (ou à avoir!) pour être soit disant heureux et pour ‘réussir’ sa vie….mais chacun est unique et ton expérience (ce que tu montres de toi) fait de toi une perle rare, quoi que tu fasses, car UNIQUE 😉
    gros bisous cléa 29! (9 et 2 font 11…1 et 1 font 2!)

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    1. « Vivre tout simplement », un concept que j’ai parfois du mal à appliquer Malyloup ! Mais en tout cas j’essaye 🙂
      Et oui j’aime aussi beaucoup ce mot… Tu avais déjà tout compris !
      Merci en tout cas pour tes mots si touchants ❤

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  2. La cacophonie du cerveau, les idées, les mots, les creux de vague, rien d’inconnu. Juste la vie avec ses hauts et ses bas, pas toujours faciles à accueillir Cléa.
    Je retrouve tes mots avec plaisir et je te souhaite du succès dans tes projets littéraires.
    Quant à la peinture, tout comme toi, j’y trouve de l’apaisement. Créer permet de lâcher pas mal de choses. De se laisser aller aussi…
    Je t’embrasse affectueusement et beau weekend à toi.

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    1. C’est sûr Marie, rien d’inconnu ! L’alternance de hauts et de bas est toujours surprenante, parfois choquante, mais les années apprennent aussi à se laisser glisser de l’un à l’autre sans trop opposer de résistance…
      Je pense bien à toi, bonnes fêtes avec ta famille !

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