Le jardin relationnel

Il y a les plantes qui ne fleuriront jamais et resteront à jamais des espérances au coin du cœur. Il y a les plantes, qui se parent de belles couleurs le temps de quelques heures mais se fanent sitôt le soleil couché.  Le souvenir de leur lumière dépendra de l’intensité avec laquelle elles auront brillé sur notre sourire. À chaque saison son ballet de plantes, nouvelles ou anciennes, éphémères ou durables.

J’ai appris à les voir se faner et flétrir sur leur pied, avec parfois l’attente d’une nouvelle pousse, généralement sans succès. Les saisons qui viennent de s’écouler ont colporté leur lot de fleurs et flétrissements, et je me promène dans le jardin en attendant de voir la prochaine qui s’accrochera à moi ~~

Je vois au loin le muguet mais je ne m’approche pas et je fais comme si de rien n’était,  j’enterre où je peux tout ce qui reste à dire mais qui finira dans l’abîme. Tant de mots écrits qu’il ne recevra jamais. Et accepter de cajoler sa pensée sans la laisser me faire du mal, plus jamais.

Pas loin derrière il y a l’aubépine, cette plante qui a fleuri au printemps, révélant, sous les épines, des fleurs d’une beauté surprenante. Mais l’aubépine a fané sous mes doigts dès que je me suis approchée d’un peu trop près, et je me suis vite débarrassée des cendres pour ne pas me retrouver prise au piège, comme avec le muguet, de mille tourments interminables infligés par mon propre esprit divaguant. Je n’ai pas digéré l’aubépine, elle me manque et je n’y peux rien. Je la laisse où elle est, sous une bonne couche de déni à l’abri de mon cerveau.

À mes pieds les restes d’un érable, qui aurait pu se parer des plus belles couleurs dès l’été si seulement je n’avais pas loupé le coche à peu de choses près, une rencontre un peu tardive sur le calendrier du destin et deux chemins qui s’éloignent avant d’avoir pu sortir la moindre racine pour s’arrimer l’un à l’autre.

De temps en temps je passe devant l’orchidée, celle-la même que j’avais vue si belle de loin et particulièrement attachante de près, que j’avais osé aborder sans m’empourprer, qui m’avait donné envie de dépasser ce que je pensais acquis, d’une façon si sereine qu’elle en était naturelle. Cette même orchidée pour qui je n’ai pas brillé de la même façon, qui n’a pas entrevu en moi les mêmes couleurs.

Des mois, des mois et des mois de promenades infructueuses, de rejets plus ou moins nets, de destins manqués, d’opportunités non saisies, d’horloges mal réglées.

Toujours repartir à l’exploration du jardin, persuadée qu’une plante merveilleuse est en bouton quelque part prête à s’épanouir entre mes mains, mais douter quand même, beaucoup, rester empêtrée dans les vieilles errances et les si seulement, se débattre dans la multitude pour n’être jamais satisfaite et finir par ne plus croire à la photosynthèse. Se convaincre que la solitude est merveilleuse et nécessaire puis se lamenter de ne jamais recevoir de tendres pensées de celles et ceux qui me plaisent, vouloir être indépendante tout en brûlant d’être câlinée, rêver de projets solitaires que je pourrais partager. Un océan de contradictions à la hauteur des déceptions amassées et des murs heurtés auquel j’essaye de faire front, oubliant qu’on ne peut pas lutter contre le tsunami et qu’il vaut mieux se laisser emporter et découvrir de nouveaux chemins, de l’autre côté de la tempête.

S’ouvrir aux relations, qu’elles soient romantiques ou amicales, est une prise de risque quotidienne et je n’ai pas toujours les barrières mentales en bon état pour en assumer les conséquences négatives quand elles surviennent, inévitablement. Depuis le muguet cependant, je refais régulièrement le pari de partir le cœur en bandoulière, à la recherche d’humanités qui pourraient me faire vibrer. Sûrement que j’en fais trop parfois, et que je devrais me calmer, un peu, mais j’ai tellement cette sensation qu’à chaque détour peut se cacher une personne magnifique que je m’acharne, encore, pour ne pas laisser passer cette magie lorsqu’elle se présentera. Je sais que je la reconnaitrai, parce que je l’attends là et que j’ai cette intuition au creux des racines qu’un jour tout sera une évidence et tout prendra sens, mais que rien ne se produira si je ne mets pas en mouvement – comment l’univers pourrait-il tourner si je reste immobile ?

Pour découvrir ce qui ce cache derrière les fossettes d’un sourire, dans un regard croisé, une main frôlée. L’inconnu d’une rencontre où tout reste à écrire et à façonner, des mots à graver entre deux destins, et s’endormir avec des fragments de vie à faire rêver les yeux ouverts.

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